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21.07.2006


Yémen - publié le 21.07.2006
10 juillet 2006
La France a la gueule de bois. Alors qu’hier les visages étaient souriants en bleu-blanc-rouge, aujourd’hui, nous avons retrouvé nos traditionnelles grises mines. Allons enfants, ce n’est qu’un sport, l’important n’est pas de gagné mais de participé. Et n’oublions pas non plus que peu pariaient sur l’équipe de Domenech au début de la coupe du monde. Ils sont arrivés en finale, ils nous ont fait vibrer. Merci.

Ni l ‘envie ni le temps de pleurer pour ma part, décollage pour Francfort à 11h 45, arrivée prévue à Sanaa à 23h15

Le Yémen est un pays extrêmement pauvre, le niveau d’éducation est très bas. Comme dans tous ces pays, il y a une toute petite minorité très aisée et la majorité pauvre. Seule Sanaa semble concentrer les richesses, les Porsche Cayenne y sont légion paraît-il. Pour l’anecdote, certaines libérations d’otages ont pris plus de temps que prévu car aucune de ces petites merveilles n’était disponible.

Quelqu’un s’est interrogé son message d’hier mentionnant mes cobayes, non je ne me suis pas lancée dans quelque expérience scientifique ou autre ; pour ceux qui ne le savent pas j’ai suivi en décembre une formation de massage thaï traditionnel à l’école de Wat Po, et j’y retourne pour suivre les trois autres. Mes cobayes sont ceux sur lesquels je me suis exercée ou qui souhaite que je le fasse. Petite précision pour les esprits qui se sont mis à vagabonder à la lecture du mot massage, le nuad bo rarn, puisque tel est son nom est un massage qui se pratique habillé, le masseur comme le massé. C’est une discipline fascinante et très relaxante mais j’aurai tout le loisir de m’étendre sur le sujet, si je puis m’exprimer ainsi, quand je serai à Bangkok.

Sanaa 00h30 le 11 juillet
Le voyage fut long, à la réservation de mon billet, l’agent avait omis de me préciser qu’il y avait une escale au Caire… Encore un nom qui me transporte.

Paris-Frankfort, assise à côté d’Obélix au demeurant fort sympathique. Mis à part que sa femme avant le décollage s’est plût à évoquer avec force détails le crash de la veille en Russie… charmant quand on doit dans cette journée effectuer 3 décollages et atterrissages ! Fort heureusement je ne crains pas l’avion, je n’ai eu peur que deux ou trois fois, deux en raison de très fortes turbulence, la troisième ne Iran sur un vol Téhéran-Shiraz, les réacteurs semblaient poussifs et l’on s’attendait à les entendre s’éteindre, seuls deux autres touristes allemands partageaient notre inquiétude, les iraniens étaient quant à eux impassibles : l’habitude probablement. Il est a noté que la maintenance de la flotte aérienne iranienne n’est pas des meilleures, du fait de l’embargo américain il est difficile d’avoir les pièces de rechange. Petit conseil, préférez Iran Air en général sinon renseignez-vous bien sur celle que vous empruntez, mais ce dernier vaut partout.

Partis de Paris avec ½ heure de retard, nous avons atterri à 13h, l’embarquement pour Sanaa étant à 13H15, joli sprint dans les couloirs de l’aéroport. Course inutile puisque l’embarquement a lui aussi été retardé. Au Caire, l’avion s’est presque vidé, nous étions moins d’une soixantaine à bord, la destination n’est pas très courue… Sur la in du parcours j’ai un peu discuté avec mon voisin Yéménite, sa femme et ses enfants vivent aux Etats-Unis, lui au Yémen, il m’a proposé son aide au cas où j’en aurais besoin. Nous avons bien entendu parlé des enlèvements, lorsqu’ils se produisent c’est pour exiger quelque chose du gouvernement, pour réclamer l’eau ou d’autres infrastructures ; le pays est très étendu, de ce fait il est difficile d’accéder à tous les villages, ce n’est donc pas pour des raisons politiques ou vénales. Petit rappel historique, le Yémen du Nord, soutenu par l’occident et celui du Sud, Marxiste, n’ont été réunis que dans les années 90, la République du Yémen a été proclamée le 22 mai 1990, Ali Abdullah Saleh en assure aujourd’hui encore la présidence. Différents conflits eurent lieu jusqu’en 1994, le vice-président originaire du sud Ali Salim Al-Baydh réfugié à Aden tenta de proclamer l’indépendance du sud, mais il fut battu et du s’exiler en Oman qui lui offrit l’exil à la condition qu’il abandonne la politique. Depuis, l’unité Yéménite semble être assurée. Des révoltes sporadiques ont encore lieu aujourd’hui mais elles sont motivées par la lenteur du développement économique.

L’aéroport est à l’image d’un pays en voie de développement, il est très sommaire, la sécurité quelque peu aléatoire. Mon père avait réalisé toutes les formalités pour mon visa e il était accompagné d’un membre du personnel de l’aéroport, mais il a fallu ¾ d’heure pour finaliser les formalités d’immigration, c’est un peu folklorique…

Première impression en sortant de l’aéroport : faire un bon 27 ans en arrière quand nous sommes arrivés à Abu Dhabi dans les Emirats Arabes Unis : les vieilles voitures, les rues chaotiques et poussiéreuses. La comparaison s’arrêtera là. Première surprise aussi, en plus du chauffeur nous avions un garde dans la voiture, c’est la règle lorsque l’on se rend à l’aéroport.

Malgré l’heure tardive, de petites échoppes sont encore ouvertes, un coiffeur, un vendeur de légumes, un magasin de robes de mariées… La pauvreté transpire des bâtiments, les feux tricolores ne sont pas respectés, les rues sont calmes.. j’attends de voir la ville le jour, surtout la vieille ville inscrite au patrimoine mondiale culturel de l’Unesco.

Près de 16h après avoir quitté ma maison me voici dans celle de mon père. C’est un appartement dans un petit immeuble de deux étages habité par des collègues de mon père. Des moulures bleu clair au plafond , des « vitraux » au-dessus des fenêtre, de grandes pièces, c’est assez sobre et agréable.

Sanaa, 11 juillet
Réveillée 6h, levée à 7. L’esprit a beau être en vacances, le corps lui obéit à son horloge biologique. Quand le temps nous est compté il faut profiter de chaque instant.
Le quartier est vraiment calme, les moineaux chantent, des chiens aboient et quelque muezzin s’entendent au loin. Après quelques exercices, plongeon dans le guide Lonely Planet, l’un des seuls sur le Yémen, afin de rêver à tous ces endroits que je ne pourrai visiter cette fois par manque de temps ou pour des raisons de sécurité. Je voudrais aller à Marib, m’imprégner des vestiges de la reine de Saba. Il ne reste que des ruines, mais, il en est de même de Persépolis et Alamut, pourtant, ces lieux sont habités. Le premier est à visiter au petit matin, lorsque le lieu est encore déserté par les touristes, armé d’un bon guide et d’un peu d’imagination, vous ferez un merveilleux voyage dans le temps, quant au second, berceau des Assassins, vous serez probablement troublé par l’étrangeté du lieu, surtout lorsque le brouillard envahit le rocher sur lequel était perché le château. Aden aussi, même s’il semble que la ville ne présente aucun intérêt, j’ai du mal à résister à la tentation de marcher sur les traces de Rimbaud, j’admire les écrivains en général, les vagabondeurs en particulier. Avec une pensée pour Jacques Lanzmann qui s’en est allé rejoindre Rimbaud, Kessel, Loti et tant d’autres.

Mais revenons à Sanaa. Petit tour au bureau de mon père afin d’accéder à internet, je suis accro.. non, c’était surtout pour poster mon message d’hier. Déjeuner avec trois de ses collègues dont l’une parle français très correctement. Départ pour la vieille ville en attendant que le musée national ouvre. Il faut entrer par une grande porte, toutes les échoppes sont ouvertes, de nombreux marchands somnolent tout en marchant le Qat (plante narcotique sur laquelle je reviendrai). Ce n’est pas la pleine effervescence en milieu d’après-midi, et de nombreuses boutiques ne sont pas encore ouvertes, mais l’ambiance est là. Les enfants vous entourent abordent souvent et veulent que vous les preniez en photos. Les appareils numériques permettent de leur montrer immédiatement l’image, ce qui les ravis. Abdo, mon chauffeur qui me sert de guide et de négociateur, m’a emmenée voir un vieil homme qui fait de l’huile avec une grosse meule mue part un dromadaire dans une toute petite boutique. Aveugle, il a souhaité que je le prenne en photo, sa femme n’a pas voulu poser avec lui bien entendu, mais elle était très heureuse de voir la photographie que je leur ferai développer. Difficile de savoir où donner de la tête avec tous ces étalages, comme dans beaucoup de souks, les sections sont assez définies, les jambiyas (poignard traditionnel), les vêtements, les épices, les antiquités, les bijoux, etc... Le meilleur comme le pire se côtoient. Si l’on apprécié les vraies antiquités, il est possible d’une dénicher quelques unes, mais avec l’afflux de touristes, les vraies fausses antiquités se sont multipliées. Cela fait aussi partie du jeu du tourisme. Alors que nous nous dirigions vers la sortie, un vent de poussière s’est levé avant de retomber aussi vite qu’il était apparu.

Je voulais visiter le musée national mais il était fermé lorsque nous sommes arrivés, les horaires sont un peu imprévisibles.. mais demain matin il sera ouvert… Inch Allah… Abdo me propose le visiter le musée militaire tout proche. Pourquoi pas… J’ai bien visité à Téhéran, le plus improbable des musées sur la place Imam Khomeini, où l’on peut voir un buste de Victor Hugo mais, c’est un autre qui attiré mon attention et provoqué un sourire : le buste du Général Degoal… cela ne s’invente pas. Le musée militaire donc : quelques vieilles voitures d’Imams ou de dirigeants déchus, un vieux Mig, des canons, toute une collection d’armes, des schémas de batailles, des photos des martyrs, des explications sur les différents conflits ayant secoué le pays. Très peu d’explications en anglais, le lieu ne présente pas grand intérêt, mais il permet d’avoir une vision d’ensemble de l’histoire chaotique du pays. Visite instructive, mais loin d’être incontournable si vous passez par Sanaa. Une grosse averse s’est abattue sur la ville une fois dans la voiture, c’est la mousson dans la région à cette époque, mais les averses aussi denses que courtes.

Quelques achats domestiques avant de rentrer, visite d’un supermarché assez bien achalandé, à l’exception de farine et de chocolat… Les filles du bureaux devront donc attendre leurs cookies, elles ont bien noté que mon père leur avait dit que je cuisinais bien… Mais je ne suis pas sûre de trouver les ingrédients adéquats, j’essaierai de faire avec les moyens du bord.

La ratatouille et le poulet attendront demain, puisque nous sommes invités à dîner par un cheikh de Marib et son neveu au Movenpick, récemment ouvert (certainement le meilleur hôtel de la ville). Pour rentrer, il faut passer sous un portique métallique, les yéménites doivent déposer leur jambiya, sauf apparemment les cheikhs puisque le notre avait le sien. Comme partout, les règles sont à géométrie variable. Le cheikh ne parlant pas l’anglais, son neveu fait office d’interprète ; ils savent que j’aimerais aller à Marib et proposent de m’y inviter, si j’y vais ce serait seule, mon père n’ayant pas l’autorisation de visiter cette partie de la région. Ils nous expliquent certaines traditions locales, le qat, les jambiyas, les rivalités entre tribus, soirée instructive.

J’accuse un peu de fatigue suite au voyage et à cette journée mouvementée, mais je suis enchantée. Demain, programme chargé aussi, visite du musée national le matin, puis direction «Imam Palace » comme l’appelle Abdo qui est en fête Dar-el-Hajar (Le Palais du Rocher ) situé à une vingtaine de kilomètres de Sanaa.


Sanaa, 12 juillet
Réveil à 6H30, le temps de préparer le petit-déjeuner, mon père a été étonné de me trouver déjà debout. Abdo venant me chercher à 9h, je n’ai pas une minute, il faut écrire un peu, faire quelques exercices et se préparer. Je ne suis pas une stakhanoviste des vacances mais j’ai trop peu de temps pour le perdre. Même les contingences de la vie quotidienne, comme les courses, représentent une source d’apprentissage sur un pays. Les étals des différents magasins sont assez significatifs.

Il est intéressant de constater, que comme dans tous les pays du monde, certains produits ont su s’imposer, les occidentaux ont su imposer certaine de leur dérives, rares sont encore les pays où vous ne trouverez pas de Coca-Cola, de Mars, Bounty, sans compter les chips et autre « junk food ». Il y a même du Nutella ! Par contre, certains produits de base (pour nous occidentaux ) ou de qualité en tout cas sont parfois plus difficiles à débusquer. J’ai vainement cherché de la farine et du chocolat à cuisiner comme indiqué précédemment, parfois c’est la beurre qui fait défaut. Pour les expats, tout est question d’adaptation et de prévision : faire des réserves, rapporter de France ce qui manque, tester d’autres produits pour les plus audacieux.

Ce matin, visite du musée nationale situé dans l’ancien palais de l’imam qui fut tué par balle puis décapité sur le place en face du palais ; l’on peut voir les photogaphies de son assassinat et de sa décapitation au musée militaire, pour les amateurs de gore. Le musée, constitué de trois étages est petit. Au rez-de-chaussée, deux répliques de statues d’anciens rois reconstituées par les allemands. Les pièces originales dont on peut voir quelques parties dans des vitrines ayant été trop endommagées. Il faut bien avouer que le mélange des objets présentés est hétéroclite. L’on peut admirer quelques pièces archéologiques, d’anciennes pièces de monnaies, de magnifiques bijoux, des outils, des reproductions des différents habitats selon les régions, des mises en scènes de différents corps de métier. A visiter, car certaines pièces sont magnifiques. Le reproche est celui que l’on pourrait faire à tous les musées des pays en voie de développement - car en dépit de son histoire millénaire, le Yémen en est un – du fait du manque de moyen, les présentations sont sommaires, voire parfois scolaires et les objets ne sont par conséquent pas mis en valeur. Détail significatif, dans l’une des salles des pièces de monnaie, dans une vitrine, les pièces sont présentés sur des flûtes de champagne renversées, sûrement des vestiges des différentes occupations, les pièces sont grossies de chaque côté par des verres de lunettes collées avec du silicone… Ils font avec les moyens du bord, l’effort est déjà louable. Après avoir classé la vieille ville, l’UNESCO aurait pu donner quelques subsides supplémentaire afin de donner à la ville un musée digne de ce nom. J’arrête de jouer les passionarias de la défense des cultures…

Alors que nous sortions de la ville, une grosse averse a rafraîchi l’air, mais le temps était sec du côté du Wadi Dhahr, à une quinzaine de kilomètres de Sanaa. L’attraction principale est le Dar al-Hajar (littéralement Palais du Rocher), communément appelé Imam Palace ici. Devenu un symbole du Yémen, il figure dans tous les livres sur le pays. Il fut construit dans les années 30 comme résidence d’été pour l’imam Yahya. Au pied du rocher, une petite salle servait de cour à l’imam et un bâtiment annexe avec des fontaines et une magnifique vue sur la vallée permettait de recevoir les hôtes prestigieux. L’entrée du palais est abritée par un arbre vieux de 700 ans. Sur les montagnes voisines, persistent des tours de guet, antérieures à la construction du palais. En arrivant, nous avons eu la surprise de voir un bataillon de militaires s’exercer à l’escalade, le tableau était des plus amusants. Dar al-Hajar est à ne pas manquer en passant par Sanaa.

Retour à la maison pour le déjeuner, la nourriture du training n’étant pas des plus gastronomiques, je lui préfère mon poulet rôti-ratatouille… Après-midi consacré au shopping, faire encadrer un poster pour habiller un peu la maison, pas évident lorsque l’on est là quelques jours pour trouver le bon artisan, je fais confiance à Abdo. Il m’a emmenée dans une petite boutique tenu par un homme mâchant du Qat. Inutile de préciser que le choix des baguettes est limité… J’ai opté pour la noire, la plus sobre. Il allait le faire sur le champs, mais alors qu’il allait scié la baguette, nous avons vu qu’il avait pris la mauvaise couleur ; en deux minutes il avait oublié. Un effet du qat ? Nous devrons donc repasser une heure plus tard puisqu’il n’a pas celle que je veux en stock. Ensuite, une plaie pour moi, trouver une paire de de chaussures habillées pour la fête du training ce soir, pourtant, j’ai trouvé mon bonheur dans le premier magasin, une paire de mules noires très élégantes, françaises « made in China » bien sûr… Petit tour dans un magasin de sport afin de regarder les engins de torture pour mon père, là encore c’est le royaume de la contre-façon, les logos sont allègrement détournés, j’ai débusqué une paire de Ferrari avec le Puma derrière… leur imagination est sans borne. Petit clin d’œil, un poster de Thierry Henri dans les escaliers.

Le temps de récupérer le cadre, retour à la maison , beauté express et nous étions repartis pour le fête qui commençait tôt, 19h…. Il faut noter que les Yéménites ne sont pas des fêtards, ils se couchent et se lèvent tout. Un peu de musique et danses traditionnelles, quelques discours, le buffet, à 22h tout le monde était parti. Il ne faut donc pas venir au Yémen pour ses folles nuits… c’est un regrets de bon nombre d’expatriés ici : le manque de vie sociale, mis à part dans les quelques grands hôtels, il n’existe pas de petit restaurant où se restaurer correctement. La nourriture locale n’est ni des plus savoureuses, ni des plus variées, encore moins des plus légères. La nourriture et la boisson est décidément une des grandes inquiétudes des occidentaux. En arrivant à l’aéroport, un nouvel arrivant anglais demandait à deux allemands travaillant également pour des compagnies pétrolières quelle était la « drinking policy », un des allemands lui répondit qu’il ne fallait pas se faire prendre saoul en conduisant. L’on trouve de l’alcool a des prix très élevés, mais alors que c’est difficile à Sanaa, c’est très simple à Aden, la présence encore récente des anglais et des russes rend cette ville beaucoup facile pour les occidentaux.

Grande interrogation sur le programme de demain, il me faudra me plonger dans mon guide LP… Mais, je garde toujours en ligne de mire Marib et Aden…Quant aux autres lieux incontournables, les opinions divergent Ibb, la région du Hadramaout, Shibam ???

Sanaa, 13 juillet
Les activités matinales faites, j’essaie de sélectionner les lieux que je souhaite absolument visiter afin de tout organiser, ici, il faut prévoir un minimum à l’avance afin d’obtenir l’autorisation nécessaire. Je voulais visiter Thilla à une cinquantaine de kilomètres de Sanaa, il me faudra faire cela la semaine prochaine. Les jours défilent, je pense déjà à revenir, plus longuement cette fois-ci.

Je passe au bureau afin d’accéder à internet pour mettre en ligne mes messages et quelques photos sélectionnées, mais un problème informatique, m’en empêchera… Et il faut être patient ici pour obtenir ce que l’on désire. Peu importe, je voudrais visiter le marché au poisson. Je m’attends à un grand marché couvert, similaire à celui d’Abu Dhabi quand j’étais petite… Le marché est en fait une suite de petites échoppes ouvertes sur la rue, les différents poisson sont présentés dans des bassines en plastiques, certains poissons ont l’œil vitreux, les ouïes ne sont pas toujours très rouges, en résumé il faut bien choisir son poisson… J’opte pour un kilo de crevettes grises et un mérou de 2 kilos, le tout pour à peine plus de 10 euros, et c’est encore moins cher bien sûr sur les marchés de la côte… ll faut aussi prévoir l’aspirine en allant au marché, le terme de « marché à la criée » prendrait ici tout son sens. Peut-être était-ce une question d’heure ou de hasard mais j’étais la seule femme cliente..

Petite boutique pour faire le plein d’épices, ils me proposent aussi du chocolat à cuisiner et du chocolat blanc à la découpe, mais la veille la secrétaire de mon père m’avait dit que le chocolat s’imprégnait de l’odeur des épices, je résiste donc à la tentation…

Je prévois Bayt Al-Huqqa et Ar-Rawda pour l’après-midi, cette dernière ville , proche de l’aéroport est entourée de vignobles, le raisin étant aujourd’hui consommé comme simple fruit. A la sortie de la ville, la police contrôle quelques voitures à la recherche de Kalachnikovs m’explique Abdo, ils font régulièrement ce genre d’inspection. Nous y échappons… Nous rencontrerons ensuite plusieurs « check points » à l’aller comme au retour, il y en a en fait sur toutes les routes afin d’assurer la sécurité. Nous avons eu du mal à trouver le village, plusieurs personnes auxquelles Abdo avait demandé le chemin nous avaient mal orientés. Mais grâce à cela nous avons pu découvrir un joli village Al-Harra et observé la campagne environnante. Mais le sentiment de pauvreté prédomine, de saleté également aussi bien les rues que les habitants. Nous finissons pas trouver Al-Huqqa, mais beaucoup de constructions sont « nouvelles » puis au détour d’un chemin caillouteux nous voyons quelques maisons anciennes au bout d’une petite piste caillouteuse que nous empruntons. Un habitant qui nous observait de sa fenêtre vient à notre rencontre, il nous guide vers les maisons que je souhaite voir. Al-Huqqa abritait des vestiges himyarites, les plus beaux exemples ont été récupérés par des archéologues allemands et sont à présent au musée de Sanaa. Il dateraient du troisième siècle avant JC, mais le temple fut détruit par une éruption volcanique. Les villageois ont récupéré quelques pierres et les ont utilisés dans la construction de leurs maisons ; au milieu des pierres brunes, ont est donc parfois surpris par certaines de ces pierres qui sont elles très claires et étonnemment bien conservées. Nous avons fait toute la visite sous la pluie, suivis par une horde de petits enfants qui grossissait à mesure que nous avancions, nous étions autant les attractions du village qu’eux et les pierres pour moi. Une européenne aux yeux clairs seule avec sont chauffeur, cela a de quoi surprendre. Au début ils ne souhaitaient pas que je les prenne en photo, j’a réussi à obtenir une photo volée, grâce à l’appareil numérique, j’ai pu leur montrer sur l’écran, c’est alors eux qui ne cessaient de leur demander que je les photographie. « Sourra ! sourra ! », s’écriaient-ils, ce qui signifie photo, c’est un mot que l’on entend souvent dans les villages. Nous avons terminé la visite par une dernière maison plus à l’écart, un vieil homme est alors sorti sur le pas de sa porte, je n’ai résisté à la tentation de faire une photo de lui, il était très heureux de se voir ainsi et a demandé que je la lui envois.

Petite précision quant aux photographies des personnes, il faut toujours demander l’autorisation afin de ne pas les offenser. Quant aux femmes, comme dans la plupart des pays musulmans, il est très difficile de les photographier, elles s’enfuient souvent quand elles nous voient arriver en voiture dans les campagne. Si une femme est avec un homme, c’est à lui qu’il faut demander l’autorisation. Mais les enfants et les hommes sont souvent très heureux, ils prennent la pose en se dressant droits comme des piquets.

Trop tard pour aller voir les vignobles d’Ar-Rawda, je pourrai faire cela le dernier jour, c’est à côté de Sanaa. Retour vers la capitale et les embouteillages… Demain vendredi, jour de repos, nous partons en excursions avec d’autres personnes de la société, il faut préparer le repas pour le soir et la veille. Salade composée, salade de fruits et cookies pour le pique-nique, mérou pour le dîner (le mérou se dit « hammour » en arabe, il est reconnaissable à ses lèvres charnues).

Sanaa, 14 juillet 2006
Levée aux aurores afin de m’assurer que tout soit prêt, perfectionniste même pour le pique-nique ;-). Nous rejoignons les autres au point de rendez-vous vers 8H15, Choleh, une iranienne dont j’ai fait la connaissance la veille au soir m’embarque avec elle dans la voiture de Franck qu’elle va remplacer en août. Le convoi de six 4x4 s’ébranle dans les rues de Sanaa, nous fermons la marche puisqu’il n’y a que deux radios, une en tête, une en queue. Franck a déjà fait cette ballade auparavant, il est donc un guide parfait qui nous prévient même avant les différents arrêts. L’ambiance dans la voiture est très bon enfant, nous sommes un peu le trio infernal, surtout, nous rions beaucoup. Arrêt à un point de vue, puis dans un village, les chauffeurs se ravitaillant en qat… C’est aussi jour de marché vendredi, la rue est envahie d’hommes essentiellement, les voitures ne cessent de klaxonner afin de se frayer un chemin. Sur la gauche quelques bâtiments abritent des épiceries, des restaurants, sur la droite des containers en fer font office de coiffeur et de boutiques de qat, un peu sommaire…. A l’arrière d’un pick-up, un homme vend des poulets vivants qu’il égorge et dépece devant vous, ma mine dégoûtée amuse beaucoup un yéménite. Si l’on peut douter de la qualité du poulet, nul doute sur sa fraîcheur. Un peu plus loin, de l’autre côté de la rue c’est la boucherie en plein air, pendue un trépied un mouton égorgé et dépecé lui aussi, le sang coule sur la chaussée. Au fond d’une des échoppe, une adorable biquette noire attend elle aussi son heure. Enfin, c’est un veau que l’on amène et bloque à terre, probablement pour lui faire subir le même sort… Le spectacle a de quoi couper l’appétit, mais en revenant vers les voitures, nous passons devant un restaurant, un homme vient de sortir une immense marmite de riz qui fleure bon le safran, un bonheur pour les yeux et les papilles qui frétillent.

Les villages perchés se succèdent, même architecture, même environnement, des montagnes rocailleuses et sèches, avec des ilôts de végétation, des acacias disséminés un peu partout, du maïs, mais aux abords des villages, essentiellement du Qat. Nous nous arrêtons dans un village, où l’on vous explique comme partout que c’est ici que l’on trouve le meilleur. Un propriétaire nous explique qu’ils réalisant trois récoltes par an et que son petit lopin de terre, environ 500 m2 15000 $ par an… Comment imaginer alors qu’il remplace cette culture par une autre beaucoup moins lucrative…

Au détour de quelques sentiers, des femmes avancent lourdement chargés de bidons d’eau ou de baluchons de foin, quelques ânes aussi… sans vouloir faire de comparaison désobligeante, les deux images se ressemblent tant lorsqu’on les aperçoit gravissant avec autant de peine des petits chemin abruptes.

Stop à dans une bourgade, immanquablement, les enfants s’avancent vers nous et nous suivent à travers les ruelles, ils n’hésitent pas à nous prendre la main pour nous attirez, nous demandent de les prendre en photo et posent très fiers. Une fillette d’une douzaine d’années nous invite à entrer dans sa maison où il n’y a que des femmes et des enfants, fait assez exceptionnel avec deux hommes, mon père et un chauffeur… J’entre précédée de la fillette, les escaliers sont très sombres et les marches inégales, je manque tomber à plusieurs reprises. Elle connaît les lieux mais grimpe comme un petit cabri sans aucune hésitation. Dans une pièce du deuxième étage, deux femmes qu’elle présente comme ses sœurs, nous arrivons enfin sur le toit-terrasse qui domine tout le village, la vue est superbe, l’on voit au loin les autres montagnes embrumées par la chaleur. Me montrant ses bras et dois sans bijoux elle me demande ma bague en turquoise, mais je ne peux lui donner, c’est un cadeau d’Iran ; autrement je l’aurais fait avec plaisir, bien qu ‘elle l’aurait probablement revendu au prochain touriste. Distribution de billets aux différents enfants de la maison en remerciement pour la visite. La fillette donne son numéro de portable au chauffeur au cas où il reviendrait avec d’autres personnes dans le village, de quoi gagner quelques rials. Episode amusant et étrange à la fois, nous ne pouvons nous empêcher de nous interroger sur la nature de l’activité de la maison.

Nous croisons sur les routes nombre de pick-up surchargés et dangereusement penchés vers l’arrière ; les marchandises s’y entassent de même que les hommes dressés sur le pare-choc arrière, la sécurité routière, une notion inconnue ici. De même que celle de la propreté, les abords des villages sont envahis de sacs plastiques multicolores, les ruelles jonchées de détritus en tous genre, pelures de fruits, bouteilles sacs, bouteilles en plastique, canettes, excréments d’animaux. L’odeur est souvent assez insupportable pour nous occidentaux obsédés par la propret. Si le français a dans quelques pays la réputation de ne pas être propre, que dire des Yéménites, leurs vêtements sont fréquemment maculés de tâches, les enfants ont la bouille poussiéreuse, arborent parfois autour de la bouche les restes de leur repas. Pour leur défense, l’eau est une denrée précieuse, mais ils savent la trouver pour le faire pousser le qat…

Depuis mon arrivée, j’observe sur les murs un cheval cabré et un soleil, même dans les plus petit village, étrange tag qui n’en est pas un, ce sont des « affiches politiques ». Le cheval représente le parti du président Saleh et le soleil celui des islamistes. Les prochaines élections présidentielles se dérouleront en septembre. Après avoir interrogé différentes personnes, il apparaît que beaucoup reprochent au président d’avoir fait beaucoup de choses pour lui même et son entourage, mais peu pour son peuple. La situation économique se dégrade., pourtant, tous pensent qu’il sera réélu.

Nous abordons un point de vue vertigineux, devant nous un plateau avec quelques maisons perchées, et tout autour, le vide. Quelques aigles tournoient à la recherche d’une proie, ils planent majestueusement, que leur vol semble paisible et lent.

Nouvel arrêt afin de visiter Al-Mahweet., autre petite bourgade perchée. Nos entrons par une grande porte, juste après l’entré un point de vue sur la vallée où paissent deux vaches, qui ne se préoccupent pas de la magnifique vue qui leur est offerte. Nous sommes encore une fois autant l’attraction pour eux qu’ils le sont pour nous, et arpentons les rues avec tout une cour. Ces guides improvisés et imposés nous demanderont immanquablement un billet une fois la visite terminée. Paradoxalement, nous acceptons beaucoup plus facilement la mendicité ici que dans notre propre pays, ou pour être plus précis, nous sommes plus conciliants et généreux.

Nous quittons l’asphalte pour emprunter la piste d’un wadi à la recherche d’un arbre pour déjeuner. Nous nous restaurons à l’ombre d’un acacia, petit détail gaullois, une bouteille de Ricard circule, même si elle remporte un piètre succès. Les chèvres traversent à quelques mètres de nous en direction de quelques maisons, des enfants nous observent avec curiosité mais refusent la nourriture que nous leur proposons. Ambiance bon enfant, seul le responsable de la sécurité de la société ne sort pas de la réserve propre à sa fonction… En partant une des participantes donnent deux boîtes de chips au seul enfant qui les accepte, mais alors que nous partons il balancera violemment la nourriture par terre, geste pour lequel nous ne trouvons aucune explication.

Franck prend le volant et la tête du convoi, roulant à vive, nous sommes ballotés, cela fait partie du fun même si tout le monde n’apprécie pas, surtout ceux qui ont des problèmes de dos. Lorsque nous ralentissons, ou reculons lorsque nous apercevons des femmes, elles s’enfuient immédiatement alors qu’elles sont totalement couvertes. La seule qui se laissera photographiée sera une femme âgée rencontrée près d’un puit. Plus loin, nous nous arrêterons près d’un apiculteur, les ruches ne ressemblent en rien aux nôtres, ce sont des ronds de bois ou des petits casiers. Le meilleur miel de la région serait celui de jujube…

Après quelques heures de pistes assez fatigantes, nous retrouvons les lacets de goudron à travers les montagnes, les précipices sont parfois vertigineux, mais le panorama magnifique alors que le soleil se couche, rougissant un peu plus les roches.

Etape très insolite, nous nous arrêtons près d’une échoppe, indifférenciable des autres, le tenancier, muet vend de l’alcool. L’histoire se répète, c’était ainsi lors de la prohibition, de petits malins trouvent toujours le moyen de s’approvisionner et faire commerce. C’est ainsi en Iran, tout ce qui était interdit se trouve alcool, charcuterie, caviar (de contrebande), il suffit d’avoir les bonnes connections. Ce sont parfois des proches des représentants de l’autorité qui dirigent ces marchés parallèles.

Choleh et Franck finissent par me convaincre de les accompagner à l’ambassade de France pour la fête du 14 juillet, mon père souffrant du dos et n’appréciant pas particulièrement ce genre de réceptions. Résidence de l’ambassadeur, une grande tente est dressée, affluence au bar, il est très tôt mais le champagne manque déjà.. Dernier discours de l’ambassadeur qui quitte ses fonction, il l’entame en évoquant le foot, mentionne également les événements du Proche-Orient, un représentant des autorité yéménites prend également la parole. Après quelques applaudissements, les buffets sont assaillis. Christian vient nous suggérer de commencer par les immenses plateaux de fromage, ce qui constituera mon repas, je n’ai nulle envie de me battre pour quelques brochettes. Je rencontre un couple de Français qui me proposent de m’emmener marcher avec eux lundi, mon père avait oublié de me faire la commission. Je réserve ma réponse ne sachant pas si et quand je vais à Aden ou ailleurs. Après quelques danses, nous quittons la fête vers 23h avec Choleh, la journée fut longue et celle qui m’attend demain encore plus…



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